L’agroforesterie ?

La modernisation et l’intensification des pratiques agricoles au cours de la seconde moitié du XXe siècle ont permis un bond en avant de la production, mais l’artificialisation des milieux qui en a découlé conduit à une forte dépendance aux produits phytosanitaires et engrais de synthèse. Sur le terrain, les agriculteurs perçoivent les limites de ce modèle : stagnation des rendements, baisse de la matière organique des sols en grande culture, régression de la faune auxiliaire, résistances croissantes des ravageurs et adventices, et bien d’autres. Face à ces enjeux agronomiques, de nouvelles formes d’agriculture se développent (agriculture biologique, semis sous couvert, agroécologie). Pour ces agriculteurs pionniers, l’agroforesterie apparaît souvent comme une suite logique à leur démarche. Associant arbres et cultures sur une même parcelle, l’agroforesterie remonte à l’Antiquité. Certains systèmes traditionnels de ce type sont encore bien visibles comme en Normandie (pré-verger) ou dans le Dauphiné (noyeraies et cultures intercalaires). Des systè mes agroforestiers se sont également développés en milieu forestier : on peut citer la pratique des pré-bois en monta gne ou le pâturage des truffières extensi ves. Traditionnellement, l’arbre utilisé est plutôt un fruitier, à l’instar des pré-vergers normands. Dans les systèmes d’agroforesterie contemporains, on associe tous types d’arbres en fonction du projet de l’exploitant et des contraintes de production. Les arbres sont alignés avec une densité allant de 30 à 200 arbres par ha, selon la production associée ainsi que la stratégie de l’exploitant. Faire de l’agroforesterie n’est pas une déclinaison d’un projet de boisement mais bien une manière de produire autrement. Associer arbres et cultures permet de produire davantage Au-delà de sa valorisation économique directe, l’arbre joue un rôle agronomique majeur. Contrairement à ce que l’on peut penser, la concurrence arbre/culture n’est pas forcément à éviter. Bien que les arbres adultes interceptent une partie du rayonnement solaire, ils influent progressivement et favorablement sur les sols, l’eau et la biodiversité de manière à pouvoir compenser à moyen terme cette compétition pour la lumière. Dans toutes les études scientifiques menées en milieu tempéré, l’association des cultures et des arbres se révèle plus productive que leur séparation. Ainsi, une parcelle agroforestière peut produire jusqu’à 60 % de biomasse de plus qu’une autre ayant un assolement purement de cultures. L’agroforesterie a en effet un impact positif sur le microclimat : les arbres améliorent le bilan hydrique, limitent le dessèchement et protègent des coups de chaleur. Par son enracinement favorisant l’infiltration de l’eau et de l’air en profondeur, l’altération de la roche mère et l’assimilation des nutriments, l’arbre joue un rôle essentiel dans la lente formation des sols. Ainsi, on note une proportion de mycorhizes beaucoup plus importante au niveau des racines de la culture intercalaire qu’en conditions de pure culture. Ces endomycorhizes jouent un rôle fondamental dans l’alimentation et la santé des plantes et leurs résistances aux aléas climatiques. Elles contribuent notamment à capter +30% des précipications par rapport à une parcelle agricole classique et retardent ainsi de 2 à 4 semaines les sécheresses. Enfin, la réintroduction des lignes d’arbres offre gîte, nourriture et refuge à des auxiliaires qui jouent un rôle prépondérant dans le contrôle des ravageurs. L’objectif est de parvenir à un équilibre entre ravageurs et auxiliaires permettant de limiter les risques plutôt que de recourir à l’utilisation fréquente de pesticides, laquelle pose de réels problèmes sanitaires et environnementaux. À moyen terme, différents groupes biologiques réinvestissent un milieu agricole qui était souvent pauvre en biodiversité.